La mélodie lancinante des violons alto restait prudemment en-dessous du volume des nombreuses conversations de la fête. Des verres s’entrechoquaient, une fourchette cliquetait parfois contre une assiette, ici et là de nobles dames renversaient leur tête en arrière pour rire aux boutades de leurs compagnons. Elle flânait dans le manoir aux meubles somptueux, les invités se tournaient vers elle avec une fascination hypnotique à chaque fois qu’elle entrait dans une pièce.

« Saria, ma chérie », roucoula une veuve fortunée. « Il faut que votre cuisinier nous donne sa cuisine pour ce punch diabolique. Les épices sont Olympiennes, n’est-ce pas ? ». La poignée d’autres invités qui se tenaient dans le salon attendirent la réponse, les yeux brillants et absents.

« Excellent, Lady Mennan », murmura Saria en souriant. « Les épices viennent en effet d’Olympus. Je m’assurerai que votre serviteur obtienne la recette avant votre départ ». Plusieurs personnes hochèrent la tête en signe d’approbation, et un dandy applaudit même la perspicacité de Lady Mennan. Un domestique se glissa derrière Saria et lui chuchota quelques mots à l’oreille. « Combien de bateaux ? », lui demanda-t-elle.

« Trois », répondit l’homme mince. Saria avança jusqu’à l’énorme fenêtre qui donnait sur la Mer de Nuages. Elle attendit que le regard lumineux du phare de Guidemane se pose sur les eaux sombres, et ils étaient là ! Trois grands bateaux se dirigeaient vers les falaises qui soutenaient le Manoir Guidemane.

Saria leva les mains et soudain deux énormes corbeaux marins étaient perchés sur le phare, là où une seconde avant il n’y avait que le néant. Elle agita une main nonchalamment et les deux oiseaux descendirent en piqué vers les bateaux.

« Oh dieux ! », s’écria un homme alors que la panique s’emparait de la pièce. « On nous attaque ! Qu’on aille chercher immédiatement notre voiture ! ». Mais Saria se retourna vers ses invités et sourit. Elle expira doucement et la pièce fut soudain à nouveau calme. Un peu de sang s’écoula du nez de Lady Mennan, mais elle ne sembla pas s’en apercevoir.

« Venez », dit Saria. « Qui veut m’accompagner dans le hall pour des jeux de hasard ? ». Tous manifestèrent leur enthousiasme. Et dehors, sur les sombres vagues de la mer, des hommes mourraient en hurlant.

Source (n’oubliez pas que cette traduction est officieuse)

 

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.