Posted Bounty #2 : Woodcrusher

Le SysOp ne savait plus où donner de la tête.
Depuis son embauche au sein de cette filiale de Weyland Consortium, on l’avait averti d’une particularité du site : celui-ci serait hanté. Des racontars sans nul doute amplifiés par la proximité du site avec ce que certains qualifiaient d’ancien cimetière indien. L’avantage d’habiter sur le continent nord-américain avec son lot de croquemitaines, vestiges antiques d’une société obscurantiste. New Angeles n’était plus de cette époque. Tours de plastacier et de verre griffaient les cieux obscurcis d’une foule dense de véhicules propulsés par les dernières technologies de la filiale automobile de Weyland Consortium. Et au centre de cette cacophonie de voitures derniers cris, l’ascenseur orbital, plus belle réalisation de l’humanité depuis ces 100 dernières années, s’élevait majestueusement maintenant et à jamais.

Et c’était la boîte qui l’employait qui l’avait construit.

Sauf que le site alimentant le fonctionnement de cet ascenseur semblait être la cible d’un plaisantin de très mauvais goût. Il y avait d’abord eu cette voix obsédante qui le réveillait aux heures les plus calmes de la nuit. Il s’empressait alors de plonger dans la matrice pour essayer de localiser à l’aide de ses GLACEs traçantes la source du signal… en vain…

Et d’aussi loin qu’il s’en souvienne, ce sinistre canular avait commencé peu après une intrusion qui avait coûté très cher à la boîte…

La voix criarde résonna à nouveau et le SysOp se boucha désespérément les oreilles :

« WooooodCuuuuutteeeeeer!!!! »

Si la semaine précédent, je vous présentais Wiegraf, joueur de talent profondément imperturbable (si si je vous assure, j’ai tout essayé sauf me déshabiller devant lui en pleine partie), aujourd’hui, alors que le CF approche à grands pas (oui c’est dans deux jours seulement !!!), voici venir un autre très bon joueur du playgroup parisien (que vous pourrez sans doute croiser au CF).

Calim a bien voulu se prêter au jeu des questions/réponses et je peux vous assurer que cela n’a pas été de tout repos, vu sa capacité malicieuse à torturer jusqu’aux plus petites questions !

Nhetic : Peux tu présenter à la communauté ? (Pédigrée, mensurations, toussa ) & Avez-vous d’autres jeux favoris ? (note de Nhetic : oui c’est difficile de canaliser Calim dans un déroulé standard 😛 )

Calim : J’ai commencé à jouer il y a bien longtemps, dans l’est de la France, où les communautés sont bien moindres. Bien longtemps, ça doit faire aux alentours de 2000, ce qui va faire peu pour certains, mais fait tout de même une demi vie pour moi, donc bien longtemps.
Je suis passé par pas mal de jeux, y compris une bonne partie des classiques, en touchant aussi bien aux JCC qu’aux jeux de rôles ou de figurines (à collectionner ou non).
En terme de JCC, ceux qui m’ont le plus marqué avant Netrunner resteront VS et L5R, parce que j’aime bien les acronymes. Les jeux étaient biens, ça a dû aider aussi.
Avant Netrunner, je sortais donc de 5-6 ans de L5R, avec une pause au milieu parce que j’ai été coincé en Finlande et que là-bas c’est rien que des métalleux qui font que du VTES.

Je fais désormais partie de la communauté parisienne, ayant déménagé ici il y a maintenant 2 ans pour des raisons professionelles. Pour jouer aux cartes, c’est foutrement plus pratique que Nancy, il faut bien l’avouer.

Nhetic : Comment as-tu découvert Android : Netrunner?

Calim : Le nom de l’ancien jeu Netrunner était particulièrement présent au sein de la communauté de joueurs L5R, et la nouvelle d’une refonte par FFG fit donc beaucoup de bruit dans ce cadre. En ce qui me concerne, j’étais donc curieux de tester un jeu dont j’entendais tant de bien. J’ai donc suivi les articles sur le net à ce propos, et je suis passé au Dernier Bar lors de l’avant-première organisée par Ludo, lors de laquelle j’ai pu faire une partie de démo qui n’a fait que renouveler mon intérêt pour le jeu (et pourtant, j’avais joué Kate).

Qui plus est, la période correspondait à une baisse d’intéret pour L5R dans mon cas, l’évolution du jeu ne me satisfaisant simplement pas.
Le point de transition le plus marquant a dû être les Worlds de L5R de l’année dernière, à Barcelone. Yoda et moi nous étions fait marcher sur la tronche dans le tournoi principal, et on a donc sorti les decks de Netrunner au milieu du tournoi, ce qui n’a pas manqué d’attirer la curiosité de certaines personnes, et a fini par créer un pod de 4 tables au milieu du tournoi.
Depuis ces Worlds, je n’ai presque plus joué à L5R, alors que je ne compte plus les parties de Netrunner effectuées.

Nhetic : S’il ne devait rester qu’une faction corpo, laquelle serait-ce et pourquoi ?

Calim : En temps normal et particulièrement dans le cas de la corpo à Netrunner, je préfère la stabilité à l’explosivité. Je préfère avoir une machine un peu lente mais fiable plutôt qu’un deck capable de gagner plus vite que n’importe quel autre, mais manquant de régularité (oui, je pense à toi Astroscript -> Astroscript -> Astroscript -> Breaking News).
De là, je me dirige donc assez naturellement vers Weyland et Haas-Bioroid, aus dépens de NBN et Jinteki, même si j’aime beaucoup la thématique derrière NBN. Les traces, par contre, constituent une des dernières mécaniques auxquelles j’aurais envie de toucher.
Faire un choix entre HB et Weyland devient par contre très difficile. D’un côté, on a la meilleure ID imprimée à ce jour, Ichi et ses potes bioroids, le piège de la douleur suprême, des assets très lucratifs et le sublime Corporate Troubleshooter. De l’autre, on a des transactions qui peuvent faire exploser un compte en banque, les meilleures ICEs du jeu (même si Archer souffre des dernières sorties runners), des agendas encore meilleurs que ceux d’HB, dont l’absurdité qu’est Project Atlas (et son sidekick Hostile Takeover), et éventuellement Scorched Earth pour forcer le runner à rester prudent. L’absence de pièges en faction est un peu dommage, cependant.
Mais en même temps, chez Weyland, y’a Woodcutter, qui est une sombre boue, mais une sombre boue que j’aime.
Donc on va dire Weyland.

Nhetic : Et si c’était une faction runner ?

Calim : La première question qui me vient à l’esprit quand je vois ça, c’est « ah, il y a plusieurs factions runner ? ».
Comme je le disais plus haut, j’apprécie la stabilité. Mais Netrunner est un jeu asynchrone, et si le runner veut tirer son épingle du jeu, il ne doit pas accéder à la stabilité, mais perturber celle de son adversaire. Du moins, à mon avis. Z’êtes en droit de penser que je raconte n’importe quoi, et vous auriez bien raison.
De là, je cherche un runner capable d’être aggressif, et rien ne remplit mieux cette tache que le Criminal. Sans trop revenir sur des points évoqués de nombreuses fois, Gabriel (et bientôt Andromeda) dispose d’un arsenal qui semble inaccessible aux autres factions dans le sens où il permet d’attaquer vite et partout. On peut ignorer des ICEs, attaquer la corpo sur son compte en banque, forcer à défendre HQ, R&D, Archives et Remotes. Et tout ça dans les premiers tours de jeu.
Après, Shaper et Anarch ne sont pas en reste, mais sont plus du genre à mettre une pression énorme sur un point précis, plutôt qu’aller chatouiller la corpo à un endroit pour repartir ailleurs quand elle essaye de réagir, ce qui est un style qui me convient mieux.
Dans l’absolu, j’aimerais quand même bien monter un deck Anarch qui me convient, mais je n’ai pas encore trouvé la recette.

Nhetic : C’est quoi un bon joueur d’Android : Netrunner ?

Calim : Si j’avais la réponse, je créerais une armée et je l’utiliserais pour conquérir le monde. Mais je crains que ça ne soit pas aussi facile que ça.
En attendant, j’ai l’impression que Netrunner, c’est une question de choix à un moment donné. Trouver la bonne réponse à « je run ou pas ? », « je vais sur R&D ou Archives ? », « je peux me permettre de finir le tour tagué ou non ? » ou encore « j’installe un agenda ou un piège ? », ça fait régulièrement la différence entre une victoire et une défaite.
Je ne pense pas que, à l’heure actuelle, le choix de cartes est suffisamment important pour faire du deckbuilding une compétence extrêmement déterminante (mais ne dites pas ça à Raspy, il faut pas qu’il sache que je suis d’accord avec lui). De fait, pour l’instant, c’est vraiment les décisions prises en jeu qui font la différence.
Je dirais donc que lecture du jeu, lecture de l’adversaire et prises de décisions en fonction des risques encourus sont les traits les plus déterminant pour l’instant.

A noter que je ne connais pas très bien le système de rotation de cartes de FFG.
Si on se retrouve un jour avec le Core Set, 24 datapacks et 4 extensions de luxe, la réponse à cette question risque d’être bien différente.

Nhetic : Attention, on polémique : tu vois qui en top 4 du CF ?

Calim : Idéalement, moi et mes trois clones. Mais je ne suis pas sûr de les recevoir d’ici-là, alors du coup, ça risque de contrarier mes plans.
Déjà, je ne peux pas réellement m’exprimer à propos des joueurs hors de Paris, que je ne connais pas franchement (à part Yushiro, mais il est mauvais).
En ce qui concerne Paris, à ma connaissance, on doit être trois à avoir gagné plusieurs tournois. Et dans mon cas, plusieurs, c’est deux, donc autant dire qu’on a vu mieux. Si on tente d’extrapoler à partir de là, on aurait donc moi, Wiegraf et Yoda en top. (Je me mets en premier parce que c’est l’ordre alphabétique. Le fait que je sois un connard arrogant n’a rien à voir avec ça.)
Le problème, c’est qu’il y a un nombre non négligeable d’autres joueurs capables de nous marcher dessus, et que si on peut tenter de théoriser le top 8/16 de manière assez précise, il suffit d’une erreur, d’un coup de poisse ou d’un peu trop de fatigue pour se faire sortir des phases finales et ne pas voir le top 4.
Du coup, pour plus de fun, je vais tenter de pronostiquer quatre personnes qui ne sont pas parmi les trois mentionnées plus haut.
Déjà, j’aime généralement bien ce que fait Neverone, donc je vais dire lui. Dans les gens dont j’ignore la présence parce qu’ils ne sont pas listés sur le forum, les vils, je vais dire Loki (parce que je le vois toujours en top, alors du coup j’ai l’habitude) ou Shindo (parce que j’aime bien ce qu’il dit sur le forum). Sinon, pour le pari sur un outsider, je vais dire Ludo, vu qu’il en est tout à fait capable s’il se sort les doigts et ne panique pas comme une préadolescente devant Justin Bieber sans tshirt.
Et parce que je suis bien obligé de mettre ma nemesis dans la liste histoire de pas me sentir trop con quand il me sort du tournoi, en quatrième, je vais dire Architect.

Nhetic : Un dernier mot ?

Calim : Non.

C’est déjà la fin de cette interview !

Je me répète, je le sais, mais n’oubliez pas de nous rejoindre au CF dans deux jours, ce serait dommage de louper cet événement qui promet d’être mémorable !

A mercredi 😉

Deux jours qu’il préparait sa passe.
Son esprit carburait au Diesel pur et après s’être introduit dans le serveur Recherche et Développement de la filiale de Weyland, il s’apprêtait à aller siphonner les comptes en banque de la corporation à l’aide d’un virus tueur qui promettait de perturber en profondeur le cours boursier des actifs immobilisés par l’entreprise pour assurer l’entretien de l’ascenseur orbital. Il pressa le bouton sur sa console et la matrice lui apparut dans son immensité vertigineuse. Les données filaient dans tous les sens et il apercevait au loin les GLACEs encore dormantes. Une chiquenaude suffit pour passer la première. Son indic avait vu juste et cela lui avait permis d’échapper au système anti-intrusion. La seconde GLACE bien plus menaçante dormait également. Des infos avaient filtrées et il savait qu’elle ne serait pas active avant quelques jours. Le tempo parfait pour se conduire en véritable smooth criminal. Sa console bipa furieusement pour signaler l’accès au compte en banque de la corporation. Les chiffres défilaient à toute allure à mesure qu’il pompait l’argent. Il ne se préoccupait plus à ce moment là d’être pris en chasse par Weyland Consortium. Si sa passe était un succès, les corporatistes n’auraient même plus un crédit pour envoyer les chasseurs de prime à sa poursuite : il serait déjà dans une île artificiel des Galapagos à se la couler douce pour le restant de ses jours.

Un voyant d’alerte s’alluma sur sa console. Le SysOp de l’autre côté tentait une contre-opération pour sauver les dernières liquidités. C’était bien mal le connaître. Activant un seconde virus bancaire, la plaie financière continua de déverser ses crédits par milliers dans le compte sécurisé en Suisse ouvert pour l’occasion.

La matrice résonna d’un son cristallin pour saluer les derniers crédits extraits frauduleusement. Il maintins pourtant sa connexion. Il lui restait une dernière bravade à perpétrer avant de mettre les voiles loin de New Angeles et de son ambiance délétère. Son avatar lancé à tout allure, il fila loin, très loin, jusqu’à atteindre le point de rupture du réseau de la filiale. Des dossiers dormants, abandonnés depuis la construction de l’ascenseur orbital finissaient de pourrir dans les archives mal protégées du site. Il ne lui en fallait pas plus pour s’amuser de la chose. En quelques secondes, il se retrouvait au milieu des données périmées à les saccager pour les remplacer par un enregistrement de son cru : sa première intrusion dans le serveur Recherche et Développement où il avait consigné son forfait lorsqu’il avait détruit la GLACE mortelle issue du projet Woodcutter…

L’enregistrement à peine installé, il publiait sur le réseau des réseaux des enregistrements de son intrusion. Caressant sa barbe de trois jours, il sourit en voyant les foules de hackers fanboy affluer sur le pad mis à disposition. Les autorités s’escrimaient déjà pour faire clore la page ouverte à tous. Peine perdue, la duplication avait déjà commencé et son forfait inondait la matrice des faubourgs les plus pourris de Chiba aux quartiers huppés de New Angeles.

Temps de tirer sa révérence à présent et de profiter loin de la foule de ces millions de crédits ainsi accumulés…

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