Le trône était à elle. Jessa ricana avant de s’asseoir sur sa surface étincelante. Elle regarda à sa droite, vers quelque chose de lointain et d’invisible, et rit à une plaisanterie que personne d’autre qu’elle ne put entendre. Les membres du clan des Bois-de-Sang se jetaient des regards perplexes. Mais leurs yeux se tournaient bien vite à nouveau vers l’énorme cadavre, fumant et réduit en miettes, dont les huit pattes continuaient à tressauter. Elle avait été leur reine. Maggada avait dirigé le clan des Bois-de-Sang depuis des temps ancestraux. Les gens de l’extérieur aurait dit d’elle qu’elle était une chimère, mais pour le peuple des bois l’être arachnoïde aux trois visages humains avait été leur reine, leur déesse et leur bourreau éternel.

 

« Mon roi ! », cria Jessa. « Que l’on m’apporte mon roi ! ». Une femme sans langue et sans yeux courut jusqu’au trône et tendit à Jessa un épouvantail vêtu comme un roi. La pitoyable créature grogna avec excitation, s’inclina et repartit avec précipitation. « Roi bébé-de-paille », roucoula Jessa, « Vous rendez vous compte ? Tout ceci est à nous ». D’un grand geste elle désigna l’obscurité qui l’entourait. « Ces gens sont à nous. Tant de chair. Tant de projets ».

 

« Jessa ! », cria un guerrier.

 

« Reine Jessa », le corrigea-t-elle.

 

« Peut-être », répondit-il avec sarcasme. « Crois-tu que nous allons te suivre simplement parce que tu as vaincu Maggada ? ».

 

« Non », répondit-elle. « Vous me suivrez parce que vous avez peur ». Et le guerrier émit un gémissement. Il regarda autour de lui avec confusion, et battit en retraite, titubant.

 

« Qu’est-ce que tu fais, sorcière ? », glapit-il. Jessa ouvrit la bouche et de sombres ruisseaux de sang en sortirent. Le guerrier émit un cri sifflant. Il battit des bras dans les airs, ses jambes tressautèrent et son visage perdit toutes ses couleurs alors que sa peau se resserrait sur ses os. Le flot de sang qui sortait de la bouche de Jessa s’amplifia, se transformant en vomi pourpre. Vidé de son sang, le corps du guerrier s’abattit sur le sol. Le flot de sang s’arrêta, et Jessa s’essuya la bouche du revers de la main en souriant.

 

« Jessa ! », cria le clan à l’unisson. « Reine Jessa ! »

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